Rencontre avec la Balsamine de l’Himalaya

Interroger notre rapport conflictuel au vivant

Dernière mise à jour : 04/08/2023

Contexte

L’implantation récente et grandissante de la Balsamine de l’Himalaya inquiète les habitants et la municipalité de Saint-Sigismond en Haute-Savoie. De nombreux “patchs” de cette plante répertoriée comme espèce exotique envahissante sont observés. Dans certaines zones, elle a remplacé les plantes endémiques. Les méthodes décrites pour l’éradiquer sont contraignantes (bien que moins que la Renouée du Japon), car elle produit de nombreuses graines et il faut la faucher très près du sol.
L’association locale La Sauvegarde, qui réalise des nettoyages de chemins une fois par an, est interpellée par cette situation. Elle souhaite agir mais ne sait pas trop comment s’y prendre…

Une première action est organisée conjointement par La Sauvegarde, Resicity et Zoepolis. D’autres viendront plus tard et seront également documentées ici.

SOMMAIRE : 

1 – Compte Rendu de l’action du 2 Juillet 2023 > Rencontre avec la Balsamine
2 – Compte Rendu de l’action du 31 Juillet 2023 > Test d’arrachage
3 – Éléments de connaissance supplémentaires amenés par Zoepolis
4 – Entretien avec Frank Weber le 22 septembre 2023, chercheur sur le rôle des invasives dans l’apiculture
+ lien vers une synthèse de fiches flore que l’on peut trouver sur la balsamine
5 – Visite de la zone de test arrachage le 26 septembre 2023


1 – Compte rendu de l’action du 2 Juillet 2023 > Rencontre avec la Balsamine

Animation : Laure Ancel (La Sauvegarde, Resicity, Zoepolis) & Robin Fercoq (La Sauvegarde)
Participants : Marielle Tilloloy (Présidente de La Sauvegarde), Robert Bielecki (La Sauvegarde), Agnès Bozonnat (Propriétaire d’un des terrains)

Objectifs de l’action :

Pour La Sauvegarde, agir d’une manière ou d’une autre, mais sans se précipiter dans une action chronophage, vaine, voire contre-productive.

Pour Resicity et Zoepolis, interroger notre rapport à un type de vivant particulier : une espèce considérée comme invasive et nuisible. Voir s’il est possible de changer notre relation conflictuelle aux plantes dites “invasives”.

Pour Resicity, l’idée également était d’interroger les usages et modes de vie révélés par la Balsamine.

Modalités de l’action :

Le dimanche 2 juillet, nous avons organisé une marche exploratoire de 2 heures, pour faire connaissance avec la Balsamine de l’Himalaya au travers de ses comportements, ses cycles, et de son monde sensoriel. Nous avons également évoqué l’histoire des zones où elle se développe, et les interactions qui ont pu avoir lieu avec les habitants.
Le parcours prédéfini en amont par Robin Fercoq, ethnobotaniste amateur, permettait d’observer la Balsamine dans plusieurs situations. Les participants avaient en main les trois canevas (voir ci-dessous) de la méthode “espèce centrée” développée par le collectif Zoepolis.

Remarque : La méthode “espèce centrée” s’inscrit dans un atelier d’une journée, qui intègre une phase de problématisation et d’idéation. Dans le cadre de cette action, nous n’avons conservé que la première phase d’observation car il était compliqué de mobiliser les habitants sur la journée entière. 

Ce que nous avons appris / observé :
– A Saint-Sigismond, on trouve la Balsamine très majoritairement sur des sols remués (remblais, bulldozer…), et le long des ruisseaux.
– Nous avons observé des patchs dense et exclusif de Balsamine de 20 à 30m2
– Quand elle n’est pas majoritaire, elle côtoie les ronces, orties et reines des prés, ou près des ruisseaux, les presles, solidages et roseaux
– Sur une zone où elle était majoritaire il y a 3 ans, les plantes endémiques ont repris le dessus
– C’est une plante “pionnière”, donc quand elle arrive dans une zone remuée, sur un sol nu et donc sans concurrence d’autre plante, elle s’installe très rapidement
– C’est la plus grande plante annuelle, elle domine la végétation annuelle
– Son implantation le long des ruisseaux correspond à son mode de dispersion par le courant.
– Contrairement à la renouée, elle ne se reproduit pas par micro bout
– Si on décide de faucher la Balsamine, il faudra refaucher 2 semaines plus tard
– Si on la fauche sous le 1er noeud, normalement elle ne repousse pas

3 zones de test sont choisies :
– Un test de passage de rotofil dans une zone mixte autour d’un ruisseau
– Un test d’apport d’information et invitation à l’arrachage
– Un test d’arrachage dans une zone de pâturage en amont d’un ruisseau
Par ailleurs, le même circuit sera fait en 2024 pour voir les évolutions et d’ici là nous communiquerons sur l’action via les sites internet des parties prenantes

Conclusion :

L’action menée, sous cette forme en tout cas, n’a pas fondamentalement changé la relation des participants à la Balsamine. Elle est toujours perçue comme une invasive. Néanmoins, le fait d’avoir observé que la Balsamine a reculé dans certaines zones a rassuré les participants.
La réalisation de cette “photographie” de la présence de la Balsamine, associée aux explications botaniques de Robin Fercoq, ont permis à l’association la Sauvegarde de planifier des actions réalistes qui permettront d’enrichir une connaissance citoyenne nouvelle. La communication qui doit être faite de cette action participe entièrement du projet.

La corrélation entre les mouvements de terre et l’apparition de la Balsamine a effectivement révélée que le développement de cette plante était lié à des pratiques humaines. Très concrètement, une forme de vigilance pourrait être mise en place lorsque des chantiers sont effectués sur la commune. Plus globalement, elle nous interpelle sur l’impact que nos actions peuvent avoir sur les écosystèmes.Remarque : les retours d’expérience de cet atelier ont été présentés lors d’un temps de coopération action aux Dialogues en humanité le dimanche 9 juillet à Lyon.

Canevas :


A propos des organisateurs : 

L’association La Sauvegarde a été fondée à Saint Sigismond dans les années 60. Elle s’est donné pour but de préserver le patrimoine bâti et naturel de Saint-Sigismond dans le cadre d’un développement raisonné de la commune.

Le Collectif Zoépolis réunit des designers, des chercheurs, des artistes et des experts qui explorent de nouvelles relations inter-espèces (humain, animal, végétal…), en associant les citoyens et les acteurs publics et privés.

Resicity est une association d’intérêt général qui s’est donné pour mission d’accompagner la transition des usages pour un projet de société plus inclusif, solidaire et durable.

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2 – Compte rendu de l’action du 31 Juillet 2023 > Test d’arrachage

Nous procédons à un arrachage de plants sur la zone identifiée pour test. La zone est plus dense en Balsamine que ce que nous imaginions. Des vaches ont pâturées jusqu’à peu, de nombreux plants sont écrasés au sol, rendant la tâche plus difficile. Il y a des plants jusque dans le ruisseau. De l’autre côté du ruisseau il n’y en a aucun.
Nous y passons ¾ d’heure à 3. Nous essayons autant que possible d’arracher les racines. Nous dispersons les plants arrachés le long du chemin, au soleil.
Nous prévoyons de refaire une reconnaissance en septembre pour voir ce qui a repris.

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3 – Éléments de connaissance supplémentaires amenés par Zoepolis

Étude de Nathalie Roger

Les flavonoïdes (molécules naturelles qui se trouvent dans différentes parties de la plante de la balsamine aideraient les abeilles. « On en a déjà observé dans la tige de la balsamine de l’Himalaya », « Il faut savoir que cette plante est utilisée en Asie, car on a constaté son effet soignant, sur les humains. Des scientifiques ont étudié les flavonoïdes présents dans la tige. Reste à voir s’ils peuvent être présents également dans le nectar, le pollen. Ce qui expliquerait les bienfaits constatés sur les bourdons, et cette action anti-parasitaire ».

Les parasites, sont de réels problèmes pour les insectes pollinisateurs  « Ce problème est de plus en plus présent », confirme Nathalie Roger, « parce qu’on a des abeilles affaiblies, à cause des pesticides, de divers facteurs intervenant dans le déclin des populations. On a des abeilles qui ont beaucoup plus de parasites ». 

Extrait de La démarche MAB : la voie de l’optimisme de Catherine Cibien, Michel Etienne


Il existe une compétition entre Impatiens glandulifera, la renouée et Heracleum mantegazzianum en République Tchèque (Pysek & Prach, 1993) et entre Impatiens glandu lifera, la renouée et l’ortie en Alsace. Cette compétition interspécifique joue un rôle très important dans le développement de la plante (Schnitzler & Muller, 1997 ; Prach, 1994).

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4 – Rencontre avec Frank Weber le 22 septembre 2023

Frank Weber réalise actuellement une thèse sur l’apiculture et les plantes dites invasives telles que la Renouée du Japon et la Balsamine de l’Himalaya.

Son terrain : Pyrénées

Nous avons été mis en relation par Florence Nicolè suite à notre expérimentation autour de la Balsamine de l’Himalaya en Haute-Savoie https://resicity.org/rencontre-avec-la-balsamine-de-lhimalaya/

Il étudie comment les apiculteurs exploitent ces fleurs particulièrement mellifères

Il réalise des mesures florales et des tests comportementaux des abeilles

Il réalise une veille des articles

Dans une approche sociologique, il réalise des entretiens avec les apiculteurs

Bien que considérées comme Invasives ces plantes sont des ressources pour les apiculteur, car elle constituent une nourriture de fin de saison pour que les abeilles se préparent pour l’hiver.

Que nous apprennent ces plantes sur nous ?

Ces plantes ont été importées volontairement au 19e siècle. La Renouée à même été élue “plante de l’année” autrefois. Elle était plébiscitée dans les grandes villes thermales, et s’est diffusée progressivement dans les vallées.

Autour des années 1900, il était courant de s’échanger des graines de Balsamine, elle n’était pas vu comme un problème, sa valeur mellifère était connue

Après la guerre, il y a eu une phase de déclin économique, beaucoup d’aménagements ont dû être réalisés pour créer des axes de communication, les travaux ont fait apparaître des gravières. Les chantiers ont permis leur diffusion massive.

De grandes surfaces de prairies, autrefois entretenues, ont été laissées à l’abandon. La connaissance autour de ces plantes s’est perdue. Le regard sur ces plantes à changé, et s’est couplé à l’oubli de la compétence.

Aujourd’hui on constate une tendance à des avis tranchés, manichéens. Les plantes sont bonnes ou mauvaises. Les réactions sont excessives. 

On observe que quand une ressource est exploitée, elle est contenue et “gérée”. Dans leur milieu d’origine, ces plantes sont exploitées.

Les jeunes pousses de Renouée sont comestibles, elles sont mangées en Asie. Mais si elle pousse sur un terrain pollué, comme c’est le cas souvent chez nous, ce n’est pas possible.

La Renouée fixe les métaux dans le sol; est-ce qu’elle les neutralise ? Cela lui donnerait des vertues dépolluantes

Invasives et apiculture, ce qu’il a appris

Frank interroge tous types d’apiculteurs : des amateurs qui n’ont que 2 ruches, jusqu’à des professionnels qui ont 1000 ruches. A partir de 200 ruches on peut en vivre en montagne. Cependant il faut être deux, ou en couple pour que ce soit possible, car l’activité de vente demande du temps. La marché est souvent limité en vallée, les apiculteurs professionnels ont besoin d’un réseau un peu plus large pour écouler leur production.

Ils peuvent vendre tous les produits issus de la ruche : le miel, la propolis, le pollen, la gelée royale, la cire d’abeille…

Les zones de montagne sont très propices à l’apiculture car elles sont des zones de refuge. Elles ne sont pas polluées par les produits phytosanitaires comme en vallée. Le Miel de montagne est donc réputé “naturel”.
Les apiculteurs professionnels parcourent jusqu’à 100 km en camion pour changer l’emplacement de leur ruches en fonction des saisons. Ils utilisent une grue, ça se passe la nuit quand il fait frais et que les abeilles ne sortent pas.

Les apiculteurs peuvent avoir des contrats de pollinisation avec les producteurs de colza. Autrefois ces contrats se faisaient avec le tournesol, mais les variétés qui ont été sélectionnées pour résister à la sécheresse sont moins mellifères.

Lorsque la monoculture s’est développée après guerre, elle a profité à l’expansion des colonies d’abeilles. Cependant l’usage des pesticides, qui est très vite apparu, leur a porté préjudice.

Les apiculteurs n’ont pas de terre à eux, à part les plus gros. Ils suivent les grandes orientations d’aménagement du paysage. La récolte du miellat de mélèze est très fluctuant. Il y a des années avec et des années sans.

Dans les années 90, l’implantation de la Balsamine dans les Vosges à perturbé l’appellation AOP du miel de sapin des Vosges. On trouve des miels de Balsamine dans le Jura, Pyrénées, Belgique, Royaume Unis. En Amérique du Nord, le miel de renouée est appelé “miel de bambou”.

LIEN VERS UNE SYNTHÈSE DE FICHES FLORE SUR LA BALSAMINE

La suite à donner

Frank va nous mettre en contact avec sa directrice de thèse qui est géographe et sociologue. Elle pourrait être intéressée par notre approche qui explore le changement de regard, la perception de ces plantes.

Il est intéressé pour être mis en contact avec des apiculteurs d’autres régions qui s’intéressent au miel qui peut être produit avec la Renouée ou la Balsamine. Nous allons faire passer l’info dans nos réseaux Haut-Savoyards.

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5 – Visite de la zone de test arrachage le 26 septembre 2023

Quelques individus de Balsamine avaient repoussés, ils ont été arrachés.